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Actualité

Un frère franciscain... auteur-compositeur

 

Caravane de la paix

 

La caravane de la paix

Pour la majorité des Québécois, il y a fort à parier que l’été 2008 restera gravé dans les mémoires par les pluies-record qui ont obstinément pris la place d’un soleil estival tant attendu… ainsi que par ce qu’on a appelé l’émeute de Montréal-Nord. Souvenons-nous que dans la nuit du samedi 9 août 2008, le jeune Freddy Villanueva est mort, atteint par les balles d’un agent de police qui patrouillait un parc de ce quartier multiethnique et multi religieux de la métropole. Le lendemain, une émeute éclatait dans Montréal-Nord suite à une manifestation populaire pour protester contre la mort du jeune homme.

       Mais au cours de ce même été, dans le quartier de Parc-Extension un peu au nord du centre-ville, la vie se déroulait à un tout autre rythme : celui d’une Caravane de la paix. Ce secteur de la ville compte pourtant la plus grande diversité religieuse et ethnique de tout le pays! En effet, ce quartier bien enclavé de Montréal – au sein duquel s’est établie une petite fraternité franciscaine en août 2007 – obtient la palme canadienne du multiculturalisme. Le film de Sylvie Groulx intitulé La classe de Madame Lise (Prix Jutra 2006 du Meilleur documentaire) met en mots et en images quelques scènes qui reflètent bien la beauté et la complexité de ce milieu particulier, où se côtoient des gens d’une centaine de races et d’ethnies différentes.

        Si j’ose écrire que l’esprit n’était pas à l’émeute en cet été 2008 dans Parc Extension, c’est qu’un groupe de citoyens y a proposé une activité de rencontre des différences religieuses et culturelles, à laquelle les résidents du quartier ont bien répondu.

Une mobilisation citoyenne

       L’histoire de la Caravane de la paix est à la fois simple et belle. Dans la suite des débats et du rapport de la Commission Bouchard-Taylor – qui ont intéressé et interpellé plusieurs citoyens du Québec – un groupe de huit hommes et femmes de Parc Extension et des environs ont souhaité proposer une activité de rencontre de personnes de races et de religions différentes, dans ce quartier de Montréal, afin de mieux se connaître, de partager quelques moments de convivialité, et de lutter contre l’indifférence et les préjugés. Les instigateurs du projet étaient issus du milieu communautaire, de la famille religieuse franciscaine, ainsi que de groupes de dialogue entre les religions. Ils ont d’abord communiqué avec des responsables religieux du quartier, puis avec les autorités de la Ville de Montréal, et ont tout de suite obtenu les appuis demandés. C’est ainsi qu’est né le projet de la Caravane de la paix, piloté par des citoyens réunis sous le vocable de «Regroupement interreligieux pour la Caravane de la paix», et réalisé en collaboration avec la Conférence mondiale des religions pour la paix et la communauté des Franciscains.

       Nous avons simplement lancé une invitation aux citoyens du quartier et à toute personne intéressée, leur proposant de prendre un avant-midi pour se familiariser avec la foi et le lieu de culte de l’autre, et ainsi apprendre à rencontrer leurs voisins dans leur différence religieuse et culturelle. Ce faisant, cette activité devenait un rappel de l’importance des contacts humains au-delà de ce qui peut sembler nous séparer les uns des autres. En favorisant l’ouverture et l’accueil de l’autre, nous souhaitions créer une dynamique de «rencontre entre voisins» : une expérience fraternelle pour mieux vivre ensemble et prévenir les incompréhensions et les tensions.

La fête de la rencontre

       C’est ainsi qu’au cours de l’avant-midi du samedi 12 juillet, des personnes de différentes cultures et traditions spirituelles se sont retrouvées ensemble pour vivre une démarche d’accueil et de reconnaissance dans leurs lieux de culte respectifs. Le parcours se terminait dans un climat de convivialité par un pique-nique animé au Parc Howard, où nous attendait un repas offert par la conseillère municipale du quartier, Mme Mary Deros. Une centaine de personnes ont pris part à la fête.

        Afin de représenter le plus fidèlement possible la population de Parc Extension – dont 62% des résidents sont nés hors-Canada – nous avions opté pour la visite de lieux de culte associés aux quatre communautés de foi qui comptent le plus grand nombre d’adeptes sur le territoire de notre quartier : c'est-à-dire les communautés hindoue, musulmane, orthodoxe et sikh. Nous avons donc visité, tour à tour, un temple hindou, une mosquée soufie, une église grecque orthodoxe et un temple sikh.

       Nous avions préalablement obtenu la collaboration des responsables de chacun de ces lieux de culte.  Lorsque nous arrivions sur place, le prêtre, imam, swami, maître ou simple fidèle – selon les disponibilités – nous présentait en quelques mots sa tradition et sa façon de prier. Ensuite, nous partagions avec les personnes présentes une prière pour la paix animée par le ou la responsable de la communauté. Chaque rencontre durait environ une demi-heure, et le comité organisateur avait prévu de remettre une plante verte – symbole universel de vie et de paix – au responsable de chacun des lieux. La marche d’un temple à l’autre se faisait en silence, et la centaine de personnes qui ont ainsi sillonné le quartier de Parc Extension en ce bel avant-midi de juillet étaient précédées d’une banderole de la Caravane, sur laquelle figurait une colombe stylisée.

       En plus des réseaux de chacun des membres du comité d’organisation, la promotion de l’événement s’était faite grâce à des partenariats avec des organismes et acteurs du quartier, par l’intermédiaire d’affiches, de listes de diffusion et d’un communiqué de presse.

Des suites à donner

       Au lendemain de l’événement du 12 juillet, les membres du comité d’organisation se sont réunis pour évaluer l’impact de l’initiative et voir quelles pourraient être les suites à donner. D’un commun accord, il a été décidé de reprendre l’événement à l’été 2009.  En plus, des membres du comité impliqués dans d’autres quartiers de la ville prévoient mettre sur pied des Caravanes dans Ahuntsic-Cartierville et Montréal-Nord.

       Nous souhaitons que cette première initiative porte fruit et donne lieu à beaucoup d’autres rencontres semblables, qui peuvent contribuer à contrer les préjugés et le manque de compréhension qui se trouvent souvent à la racine de conflits entre groupes et individus. En ce sens, les ambitions des organisateurs de la Caravane de la paix sont à la fois grandes et modestes. Si, au cours des prochaines années, au Québec et au Canada, naissaient des fêtes de quartier allant dans le sens d’une mobilisation citoyenne en faveur de la rencontre et de l’amitié inter religieuses, nous aurions pleinement atteint notre objectif.

       Il nous semble que ce n’est pas toujours au niveau des gouvernements et des institutions que se jouent les grands enjeux de société. Il suffit parfois de quelques personnes désireuses de créer des ponts et de promouvoir la rencontre, pour transformer une situation potentiellement violente en promesse d’amitié.   

Fr. Pierre Charland ofm
7785, av. d’Outremont
Montréal (Québec) H3N 2M1
accueil@ofmqc.ca

 

 
 

 

Dernière modification : 10 novembre 2008

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